Lorsque les Maraudeurs deviennent

plus qu un simple mythe

 

Chapitre 22 : Phanty et compagnie.

 

            Deux semaines s’étaient écoulées depuis le Bal de Halloween. Le mois de novembre était arrivé, apportant avec lui les premiers grands froids annonciateurs de l’hiver, de sorte que les rares pièces chauffées du château devinrent vite, comme tous les ans à cette époque de l’année, les lieux de prédilections des élèves… Et la Salle Commune de Gryffondor ne faisait pas exception.

 

            Pourtant, le calme régnait en cette fin de vendredi après-midi dans la Tour de Gryffondor où la Salle Commune de Gryffondor était, pour une fois, presque déserte. Près du feu, Remus et Sirius jouaient aux échecs façon sorcier. Peter, vautré sur le tapis, à côté d’eux, était plongé dans un livre, un paquet de confiseries en tout genre à portée de main, tandis que dans un coin isolé et sombre de la vaste salle, James et Lily étaient installés dans un large fauteuil, l’un contre l’autre, ponctuant leur conversation de quelques tendres baisers.

 

Harry détacha distraitement les yeux du feu ardent qui brûlait dans la cheminée et sourit alors que, le coude appuyé contre un accoudoir du fauteuil où il s’était installé, la tête appuyée sur sa main, il observait discrètement ses futurs parents. Ils y avaient mis le temps, mais, désormais, ces deux-là filaient le parfait amour. Ca ne faisait que deux semaines que les deux Préfets-en-Chef étaient ensemble, mais il ne faisait aucun doute que c’était un couple fait pour durer. Il reporta finalement son attention vers Sirius qui tentait, une fois de plus et toujours aussi vainement, de tenir tête à Remus.

 

            «- Echec et Mat… ! lança finalement, triomphant, le lycanthrope.

 

             - Ca ne m’étonne pas, tu es imbattable à ce jeu… ! grommela Sirius, en s’étirant paresseusement. Et je me demande encore pourquoi j’accepte de jouer contre toi… ! ajouta-t-il, jetant machinalement un regard alentour. Ah, si, je sais… ! J’ai accepté parce que mon meilleur pote est quelque peu trop occupé et que c’était un excellent moyen pour ne pas voir son petit manège… ! continua-t-il, haussant volontairement la voix.

 

             - Très drôle, Sirius… ! intervint justement James. Tout le monde sait que tu as accepté parce que tu as toujours l’espoir secret de battre Remus mais que tu refuse de l’admettre étant donné que tu passes ton temps à perdre… !

 

             - Mais, autant que je sache, toi aussi tu n’arrête pas de perdre contre lui… ! » riposta Sirius.

 

            Il n’obtint pas de réponse car son ami était repartit dans ses “occupations”. Sirius soupira.

 

            «- Bon, ben, je crois qu’on est bon pour se faire une nouvelle partie… ! soupira-t-il. Toujours partant Rem… ?

 

             - Oui… ! Mais essaie de mieux jouer cette fois… » commenta l’intéressé, moqueur.

 

* * * * *

 

            Un long moment s’écoula ainsi, à peine ponctué par quelques mots échangés à voix basse par le couple qui était toujours blotti dans leur coin de la Salle Commune ou les protestations de Sirius à chaque fois que Remus lui éliminait des pions.

 

            «- Sirius fait vraiment pitié… ! murmura finalement Lily.

 

             - Comme à chaque fois qu’il joue aux échecs contre Remus… !

 

             - Oui… ! Mais c’est quand même la dixième fois consécutive qu’il perd contre lui… ! insista-t-elle. Je pourrai peut-être aller le conseiller, bien que la situation aie l’air d’être assez… critique… !

 

             - Tu sais, il n’accepterait pas de se faire aider par une fille… même si c’est toi… ! observa James. Mais on peut toujours les rejoindre et faire en sorte qu’il ne perde pas une nouvelle fois, même si cette partie semble quelque peu compromise… ! » ajouta-t-il, avant de l’embrasser une dernière fois.

 

            Sur ce, tous deux quittèrent le confort de leur fauteuil et des bras de l’autre pour rejoindre, main dans la main, leurs camarades au moment où Remus mettait, pour la onzième fois consécutive, Sirius échec et mat… !

 

            Celui-ci, s’efforçant de garder bonne figure s’étira une fois de plus.

 

            «- Je cède ma place… ! Harry, ça te dis ? suggéra-t-il à l’adresse de l’adolescent qui rejeta tranquillement la proposition. Eh Queudver, j’peux te prendre une Dragée surprise ? demanda-t-il, en voyant leur “camarade” ouvrir une boite des dites friandises.

 

             - Si tu veux… ! Mais, fais gaffe, il y a des nouveaux parfums… ! commenta ce dernier. C’est écrit sur l’emballage ! ajouta-t-il, en lisant ce qui y était écrit : Huile de moteur, pizza anchois-caramel, choux de Bruxelles-foie de gobelin, bile de troll,…

 

             - Eurk… ! grogna Sirius. Bile de troll ? Appétissant… ! Tout d’un coup, ça ne m’inspire plus trop… !

 

             - Quoi ? s’étonna James, moqueur. Sirius a peur de tester les nouveaux parfums des terribles Dragées Surprises de Bertie Crochue… ?

 

             - On parie ? Mais je n’en prend une que si tu en prend une, toi aussi… ! » le défia Sirius.

 

            James hésita l’espace d’une seconde mais il prit rapidement sa décision, devant les regards de ses camarades et du fait qu’il n’avait jamais refusé un seul défi que Sirius lui ait lancé.

 

            «- C’est quand tu veux, Sirius… ! répondit-il.

 

             - Très bien… ! répondit ce dernier en souriant, satisfait.

 

             - Ah, les garçons ! » soupira Lily, en levant les yeux au ciel.

 

            James lui répondit par un large sourire. Sur ce, les deux Maraudeurs prirent une Dragée, dans la boîte que Peter leur tendit et qu’ils présentèrent, ensuite, aux autres… Celle de James était jaune-orangée tandis que celle de Sirius était plus dans les tons roses.

 

            «- A trois, on l’avale… ! annonça Sirius.

 

             - Ok… ! Mais c’est “un, deux, trois, on avale” ou c’est “un, deux et on avale” ?

 

             - “Un, deux, trois et on avale” ! » rétorqua Sirius. Prêt mon vieux ou tu te défile… ?

 

             - Prêt… ! assura James. Un…

 

             - Deux… ! Et trois… ! »

 

            Tous deux avalèrent leur Dragée, sous le regard attentif des quatre autres. Durant quelques secondes, il ne se passa rien, mais, au bout d’un moment, Sirius pâlit, recracha la confiserie et la jeta dans le feu avant de se ruer vers la salle de bain, tandis que James affichait un air triomphant.

 

            «- Et ben, ça devait vraiment être infâme pour qu’il parte comme ça… ! observa Remus, amusé. Mais, dis-moi, James, qu’est-ce que tu as eu toi… ?

 

             - Je vous le dirai quand Sirius sera là… ! » rétorqua ce dernier avec un petit sourire machiavélique.

 

            L’intéressé réapparu cinq minutes plus tard, le teint encore un peu plus pâle qu’en temps normal. Il grimaça devant le regard interrogateur de ses camarades.

 

            «- Je dirai… foie et tripes assaisonnés avec moutarde forte et piment rouge… ! annonça-t-il. Et je peux vous dire que ça arrache… !

 

             - Ca m’étonne pas, vu comment t’as détalé… ! commenta James, moqueur.

 

             - Et toi, tu as eu quoi ? répliqua Sirius, visiblement vexé.

 

             - Miel… ! répondit James avec un large sourire, un peu sadique sur les bord.

 

             - Ca, c’est ce qui s’appelle avoir de la chance… ! commenta Harry, en souriant.

 

             - Ouais ! Et je peux dire que je ne toucherai pas de sitôt à ces Dragées nouvelles saveurs… ! ajouta Lily. Et James, tu as de la chance que tu n’aies pas eu un truc du genre ail et oignons parce que là, il aurait été hors de question que je t’embrasse… ! remarqua-t-elle, alors que Sirius, Peter, Harry et Remus éclataient de rire.

 

             - Peut-être, mais c’est pas le cas, non… ? répliqua James en l’attirant vers lui. Ma petite fleur d’amour ne va pas être dérangée par du miel, quand même… ?

 

             - Non… ! confirma-t-elle, jouant le jeu, avant de l’embrasser.

 

             - C’est une impression où j’aurai mieux fait de rester couché, aujourd’hui… ! » grommela Sirius.

 

            Il avait à peine dit ça que leur deux camarades se séparèrent.

 

            «- Bon, il faut que j’aille faire un tour à la Bibliothèque… ! déclara Lily.

 

             - Pourquoi ? s’étonna James, en lui tenant toujours la main.

 

             - Je dois rendre un livre à madame Pince… ! répondit-elle en désignant son sac près du fauteuil où ils s’étaient installés auparavant.

 

             - Tu veux que je t’accompagnes ?

 

             - Non… ! répondit-elle en souriant. Je ne serait pas bien longue et je ne risque pas de me perdre… ! ajouta-t-elle taquine. Et puis, je sais pertinemment que tu n’aimes pas aller à la Bibliothèque… !

 

             - Pas quand c’est avec toi… ! insista James, faisant sourire de plus belle Lily.

 

             - Tu es un amour mais ce n’est pas la peine que tu m’accompagnes… ! assura-t-elle. De toute façon, je me dépêche de revenir… ! continua-t-elle.

 

             - Tu es sûre… ? persista-t-il toutefois.

 

             - Oui… ! Et puis, ça vous permettra de vous retrouver entre Maraudeurs… ! Et Sirius sera content de retrouver son meilleur ami pendant un moment… ! En plus de cela, Je dois y retrouver Amy et Elsa ! » conclut-elle, avant de l’embrasser rapidement.

 

            James allait dire quelque chose mais se ravisa et acquiesça sans paraître tout à fait convaincu. Elle se hâta d’aller récupérer le livre dans son sac puis elle gagna le portrait, d’où elle adressa un sourire entendu à son petit-ami avant de s’éclipser.

 

            Le Maraudeur soupira, puis se décida à reporter son attention vers ses amis.

 

            « Quoi ? demanda-t-il, devant le sourire goguenard de Sirius.

 

             - Oh rien ! rétorqua négligemment, son meilleur ami. Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant qu’on est enfin à nouveau entre hommes ? ajouta-t-il, avec entrain. Maintenant que le cas “Potter-Evans” est enfin réglé, on va peut-être pouvoir reprendre nos blagues… ? Je veux dire, nos chers camarades de Serpentard vont finir par se ramollir si on ne se remet pas à les embêter un peu… ! Et puis, Jamsie, maintenant, Lily devrait accepter ton côté Maraudeur, non ?

 

             - Allez, Patmol, vides ton sac… ! répliqua James. Tu as une idée en tête… !

 

             - Je ne peux décidément rien te cacher mon cher Corny… ! plaisanta Sirius. Oui, j’ai effectivement une idée mais pas, du moins pour l’instant, pour faire une blague aux Serpentard…, mais si on continuait notre carte ?

 

             - C’est vrai que ça fait un moment qu’on ne s’en est plus occupé ! » approuva Remus.

 

* * * * *

 

Des arbres, des arbres partout, à perte de vue… L’obscurité rend les lieux encore plus lugubres, menaçants, étouffants. Un mouvement soudain. Des bruits de pas, quelqu’un qui avance précipitamment.

 

            <Un bipède…>

 

            Cette pensée traverse l’esprit rusé de la créature qui, précautionneusement, s’avance, de sorte qu’elle aperçoit, fugitivement, en contrebas, une mince silhouette qui court entre les arbres.

 

            <Une proie facile… ! Et intéressante… !>

 

            Il serait facile d’en finir avec ce “bipède”, mais la créature qui l’observe ne bouge pas, hésitante. Elle n’amorce pas un geste agressif envers le jeune homme qui se trace un chemin au cœur de cette forêt où bien des gens n’oseraient pas s’aventurer. Elle se contente de le suivre, silencieusement.

 

            <<Tu ne dois pas céder à tes instincts… !>> intervint une autre voix. << Tu dois être plus fort qu’eux… ! Il va avoir besoin de ton aide… ! Pour trouver ce qu’il est… !>>

 

            <Pourquoi faire ?>

 

            <<Il est seul, il l’a toujours été… ! Sa personnalité s’accorde avec la tienne… !>>

 

            La créature continuait à suivre, passant lestement d’un arbre à l’autre, sans un son, ce qu’elle considérait comme une “proie”, se rapprochant peu à peu de la silhouette qui courrait en dessous d’elle.

 

            <Il ne manque pas de courage pour s’aventurer jusque là… !>

 

            << Ca n’en fait aucun doute… ! Il en a plus que quiconque peut l’imaginer… !>>

 

            Le bipède s’était arrêté, à l’entrée d’une clairière, hésitant sur la conduite à tenir. La créature, se fondant dans l’ombre des arbres, les yeux étincelants, s’arrêta sur une large branche, observant plus en détail le jeune homme.

 

            <<Vas-y ! C’est le moment où jamais… !>>

 

            La créature ne bougea pas d’un poil, assise sur la branche, réfléchissant rapidement. Le jeune sorcier aux cheveux en bataille et aux lunettes rondes restait toujours immobile, semblant attendre quelque chose…

 

            <<Il sens que quelque chose doit se passer ici… ! Il sait que tu dois aller le trouver… ! En ce lieu… !>>

 

            <Tu penses vraiment que c’est le bon choix… ?>

 

            <<J’en suis persuadé… ! Alors, fait ce que tu as à faire… !>>

 

            La créature hésita un instant, usant de tous ses sens pour guetter les plus infimes mouvements qui troublaient la forêt, tout en réfléchissant intensément. Finalement, elle prit sa décision et descendit lestement de l’arbre où elle était juchée, se réceptionnant souplement sur le tapis d’herbe.

 

            <<Je savais que je pouvais compter sur toi… ! Je peux t’assurer qu’il ne te décevra pas… !>>

 

            <N’en fait pas trop si tu ne veux pas que je change d’avis… !> grogna la créature, en s’arrêtant. <Et je me demande pourquoi je continuer à t’écouter… !>

 

            Son interlocuteur éclata de rire.

 

            <<Pour ça, personne ne le sait… ! Peut-être parce que tu sais que j’ai raison, ou que je ne te laisserai pas tranquille tant que tu n’auras pas cédé… !>>

 

            La créature ne répondit pas, se contentant d’un mouvement de queue impatient. Finalement, elle reprit sa marche, franchissant les derniers mètres qui la séparait de la clairière. Se faufilant, tel un fantôme, sans un bruit, entre les arbres, il s’arrêta à nouveau, à quelques pas du sorcier. Celui-ci, semblant percevoir sa présence, se retourna lentement.

 

            Tous deux se jaugèrent du regard. La créature détailla le jeune homme. Les cheveux noirs en bataille, les yeux verts et brillants qui la fixaient intensément, la mince cicatrice sur son front. Il n’avait pas peur, bien au contraire, se contentant d’attendre. (nda : Vous allez bientôt comprendre pourquoi il a reprit son apparence d’origine)

 

            Harry rencontra le regard étincelant de l’animal, détaillant son pelage soyeux et d’un noir profond, son allure souple et gracieuse dont semblait irradier une froide fierté, un maintien presque arrogant, un courage et une puissance extrême et une vive intelligence, son absence de peur, son esprit rusé et silencieux. Etudiant chaque détail de l’animal, chaque muscle qui frémissait sous le pelage d’un noir profond. Il repensa à la forme qu’il avait aperçu, un matin, dans la Salle Commune. C’était elle… ! Elle était venue le trouver… ! Il avait découvert sa forme d’Animagus… !

 

            « Une panthère… ! » murmura-t-il.

 

* * * * *

 

            Harry se réveilla d’un bond. Le rêve prenait tout son sens, à présent… ! Il avait trouvé, par cet intermédiaire, sa forme d’Animagus… Une panthère… ! Mais quelle était cette seconde présence, dans son rêve, qui avait interférée dans ce choix… ? Qu’est-ce qui avait poussé l’animal à venir le trouver ?

 

            Il soupira. Ce n’était pas encore aujourd’hui qu’il obtiendrait des réponses à ses questions… Enfin, pour l’instant, sa principale préoccupation était qu’il avait enfin sa forme d’Animagus, et qu’il pourrait enfin passer à la phase suivante…, le chapitre six de Comment devenir un Animagus en dix leçons ?”…

 

            « Lumos ! » souffla-t-il dès qu’il eut récupéré sa baguette qui était restée sur sa table de chevet, près de l’ouvrage écrit par les Maraudeurs.

 

            Harry feuilleta rapidement le livre et s’arrêta à la page qui indiquait “Sixième leçon : l’“Assimilation”.”

 

            La prochaine étape consisterait donc à assimiler ce qui constituait “l’essence” de l’animal. Harry lut avec intérêt la marche à suivre pour réussir cette phase cruciale pour la suite…

 

            « “Un lieu calme et isolé pour obtenir une concentration optimale… !” lu Harry, à voix basse. Demain, nous n’avons pas cours, ça sera l’occasion idéale… je n’aurai qu’à aller près du lac pour ça… ! »

 

Sur cette décision, il poursuivit sa lecture et en profita, par la même occasion, pour lire la leçon suivante qui abordait le cas de la première transformation, ce qui serait autrement plus délicat, d’après ce qu’il pouvait lire… Pour que les Maraudeurs trouvent nécessaire de préciser “qu’il ne fallait surtout pas faire cette étape seul”, cette mise en garde était à prendre au sérieux… !

 

Mais Harry ne l’entendait pas de cette oreille…, quoi que puisse être le danger, ça ne pourrait pas être pire que se retrouver face à Voldemort en personne… ! Et puis, ça pouvait se révéler amusant de leur réserver une petite surprise… !

 

* * * * *

 

            Et c’est ainsi que, le lendemain, en fin d’après-midi, Harry mit son plan à exécution. N’ayant eu aucun mal à filer en douce (les deux Préfets-en-Chef flirtaient du côté de la Tour d’Astronomie, Sirius et Remus discutaient avec enthousiasme avec Elsa et Amy dans la Salle Commune de Gryffondor et Peter était parti à la volière), Harry avait gagné le lac, non sans s’être assuré que personne ne traînait dans les parages…, après tout, il ne tenait pas à être dérangé… !

 

            Assit en tailleur, les mains sur les genoux et les yeux fermés, chaque pli de son visage marqué par sa concentration, Harry, ignorant la fraîcheur du crépuscule, s’efforçait d’établir un contact avec l’esprit de la panthère… Il savait que c’était un peu stupide de faire ça seul, mais il tenait à faire une surprise aux Maraudeurs…

 

            Au bout d’un long moment, une image apparue dans son esprit… : la forêt, sombre et dense, de son rêve. Il se trouvait seul, au milieu des arbres. Il se leva mais n’esquissa pas le moindre autre mouvement, se contentant d’attendre… ! Il attendait… ! Quoi ? Il n’en était pas vraiment sûr…, probablement la panthère… ! Le silence régnait…, en dehors du frémissement des arbres sous le vent froid qui soufflait et qui venait ainsi ébouriffer un peu, plus les cheveux en bataille de l’adolescent qui, sans le savoir, avait retrouvé sa forme d’origine.

 

            Immobile et silencieux, l’adolescent attendait, seul au milieu de nulle part… Pourtant, il tressaillit à peine lorsqu’une forme sombre et gracile jaillie soudain du haut d’un arbre, à quelques mètres de lui. Le grand félin dont le pelage d’un noir de jais se fondait dans l’obscurité de la forêt n’esquissa pas le moindre mouvement. Harry ne cilla pas lorsqu’il rencontra le regard d’un vert intense du félin.

 

            <Décidément, aucune trace de peur… !>

 

            La “voix” de l’animal, calme et on ne peut plus neutre, résonnait dans l’esprit de l’adolescent qui conserva la même immobilité. Au bout d’un long moment, la panthère grogna légèrement et s’avança. D’un pas souple, elle entreprit de faire le tour du jeune Gryffondor qui la laissa faire, sans broncher. La bête semblait ainsi détailler minutieusement son interlocuteur. Apparemment satisfait, le grand félin revint finalement à sa place initiale, à quelques pas de lui et s’assit, tranquillement, dans le tapis herbeux qui recouvrait à cet endroit le sol de la vaste forêt.

 

            <On dirait bien qu’il avait raison !>

 

            « Qui ça “il” ? » demanda Harry, intrigué.

 

            <Là, n’est pas la question, petit humain !> répondit l’animal, avec suffisance. <Mais, je me demande… !>

 

            Le félin marqua un silence, observant avec encore plus d’attention le garçon.

 

            <Je ne devrais pas tarder à avoir ma réponse de toute façon !> reprit la panthère. <En ce qui concerne la raison de ta présence… je me demandais quand tu allais te décider à me contacter… !>

 

            « Je tenais à me préparer le plus possible avant de tenter quoi que ce soit ! »

 

            <C’est ce que j’ai cru comprendre… !> rétorqua l’animal, avant de poursuivre son observation de l’adolescent. <En tout cas, tu es bien tel qu’il t’a décrit… !>

 

            « Au risque de me répéter, qui est ce “il” ? »

 

            <Curieux à ce que je vois… ! Et déterminé en plus de cela… !> commenta l’animal. <Décidément, tu me plais, petit homme !>

 

            La panthère marqua une nouvelle pause.

 

            <Tout ce que je peux te dire, c’est que tu le connais… !> répondit finalement l’animal, énigmatiquement. <Mais, assez de questions… ! Nous ne sommes pas là pour ça… ! Harry Potter, te sens-tu prêt à “l’assimilation”… ?>

 

            « Oui… ! » assura l’adolescent, un peu interloqué que l’animal l’appelle par son vrai nom.

 

            <Tu as l’air surpris !> observa, l’air amusé, le félin. < Mais saches que, tant que tu seras dans la concentration dans laquelle tu es actuellement, les artifices auxquels tu as été soumis n’ont plus aucun effet et que, par conséquent, je te vois sous ta vraie forme, petit homme ! Mais, rassures-toi, tu retrouveras ton apparence de…Harry Calaway une fois l’assimilation faite !>

 

            Harry acquiesça d’un signe de tête.

 

            <Je sais que tu t’es renseigné, Harry Potter, mais, je tiens à te préciser qu’il te faudra apprendre, dès que tu m’auras assimilé, à faire cohabiter ton esprit avec le mien, ce qui ne sera pas une partie de plaisir, crois-moi… !>

 

            Harry acquiesça à nouveau puis pensa à une chose.

 

            « Au fait, avant que nous fassions quoi que ce soit, comment t’appelles-tu ? »

 

            Le léger rire de l’animal retentit dans l’esprit de l’adolescent.

 

            <Je crois que tu ne tardera pas à avoir ta réponse ! Mais il me nomme Phantôme… !> concéda la panthère, avant de se hâter de rependre en voyant que Harry allait dire quelque chose. <Bien sûr, libre à toi de baptiser ta forme d’Animagus comme bon te semble, étant donné que ça semble être la mode avec tes… camarades… !>

 

            Harry acquiesça à nouveau mais haussa cependant un sourcil, montrant ainsi qu’il n’appréciait pas vraiment le fait que, visiblement, l’animal ne lui disait pas tout… ! Dans un geste machinal, il remonta ses lunettes qui étaient revenues, Dieu seul sait comment, sur son nez… ! Ce qui venait confirmer les dire de la bête qui, justement, reprit la parole.

 

            <Quand tu m’auras assimilé, il te suffira, par la suite, de te concentrer sur moi, pour te transformer… et repenser à ta forme d’emprunt pour  redevenir humain !> continua patiemment la panthère. <On peut y aller ?>

 

            « Oui ! »

 

            <Pas d’hésitation ? Bon, dans ce cas… !>

 

            Le félin s’avança à nouveau et s’approcha de l’adolescent.

 

            <Touche-moi… !>

 

            Harry obéit, venant poser sa main sur la tête de l’animal.

 

            <A présent, ferme les yeux, et concentre-toi… !>

 

            Une fois de plus, l’adolescent suivit ses indications sans broncher.

 

            <Répètes après moi !> continua l’animal. <Fūsĭo panthērae spīrĭtūs>

 

            « Fūsĭo panthērae spīrĭtūs » répéta soigneusement Harry.

 

            A peine eut-il prononcé le dernier mot que Harry ressentit, l’espace d’une seconde, quelque chose qu’il était bien incapable de déterminer avec précision…

 

            <Tu peux ouvrir les yeux à présent !>

 

            L’adolescent obtempéra, et réalisa qu’il se trouvait à nouveau près du lac, sous sa forme d’emprunt, là où la vaste étendue d’eau se rapprochait de la Forêt Interdite… ! Seul…, du moins en apparence car il percevait, tout de même, une présence… en lui.

 

            <Essaie !> conclut la panthère. <Et, après, tu n’entendra plus parler de moi !>

 

            Harry ne se le fit pas dire deux fois, inspira profondément et se concentra sur l’image, désormais précise, de l’animal.

 

            Il prit à peine conscience de la petite détonation qui s’ensuivit trop occupé par sa soudaine transformation en félin. Malgré l’obscurité de la nuit qui était tombée entre temps, le paysage qui s’étendait autour de lui restait aussi net qu’en plein jour. Ses faibles sens d’humain avaient été remplacés par ceux, plus développés, du félin noir.

 

            Grâce au livre des Maraudeurs, Harry attendait l’instant où l’instinct de la panthère s’éveillerait en lui… Mais quand cela se produisit, il découvrit à ses dépens que rien ne pouvait le préparer à…ça… !

 

            Un afflux soudain d’énergie, à l’état brute, sauvage…, une formidable puissance… Un esprit rusé, calculateur, qui ne laissait apparaître aucune trace de peur…, juste une profonde assurance et une certaine arrogance… ! Oui, la panthère était arrogante…, tout dans son maintien altier montrait sa fierté, typique aux félins… mais, pire que ça était l’instinct meurtrier de l’animal…, son besoin de chasser…, de se nourrir… !

 

            Mais il pouvait maîtriser cette force sauvage…. Il avait presque réussi à maîtriser l’instinct de la créature qu’il était devenu lorsque la panthère perçue une odeur plus qu’intéressante… ! Harry se retrouva alors submergé, malgré toute sa volonté, par la puissance brute de l’animal qu’il était devenu… ! L’animal avait perçu une proie…, rien ne pourrait l’en faire démordre… ! Non, rien… !

 

            « Harry ! »

 

            La part consciente de l’adolescent n’eut aucun mal à identifier la voix, alors que, aussitôt, les petites oreilles de l’animal se tournaient en direction du bruit.

 

            « Non, non, pas ça ! » songea Harry.

 

            Pris par une énergie nouvelle, il tenta à nouveau de reprendre le contrôle…, sachant très bien qu’il ne pourrait pas reprendre sa forme humaine tant qu’il ne se serait pas imposé à l’animal. Et, dans cet intervalle, Dieu seul savait ce que serait capable de faire le félin… ! Une fois de plus, il parvint, l’espace d’un instant, à reprendre le dessus sur la panthère, en l’obligeant à se focaliser sur autre chose.

 

            Mais c’est le moment que James choisit pour apparaître dans le champ de vision de l’animal qui n’hésita pas une seconde et échappa à tout contrôle, d’autant plus que Harry fut, momentanément, abasourdi par la violence de l’instinct du fauve noir.

 

* * * * *

 

            James se figea, en apercevant la sombre silhouette qui se trouvait en contrebas, près du lac, à quelques mètres de lui. Il n’eut pas le temps de se poser de question en voyant le félin noir bondir brutalement…, dans sa direction.

 

            « Oh, nom d’un chaudron… ! »

 

Sans réfléchir plus longtemps, il fit ce qu’il était préférable de faire dans ces cas… et se concentra sur sa forme d’Animagus tout en remerciant le ciel que Lily ne l’ait pas accompagné…

 

            La panthère marqua un bref moment d’hésitation, visiblement troublé par son changement d’apparence… Mais le félin continua cependant sur sa lancée… ! Après tout, pour la sombre créature, un cerf était aussi une proie…, mais une proie qui avait de quoi se défendre et qui était habituée à contenir un loup-garou en furie… ! Si bien que ce fut, la tête baissée, les bois en avant qu’il “accueillit” la panthère qui l’esquiva vivement.

 

            <Ah, plus vif que Lunard !> constata-t-il, en pivotant aussi sec pour suivre l’évolution du fauve qui, intrigué, s’était immobilisé, sa queue s’agitant pas saccades. <Harry, bon sang, contrôles cette bestiole !>

 

            La panthère grogna dangereusement et se remit en marche, dessinant un cercle autour de James qui s’efforçait de suivre le déplacement gracile de l’animal qu’il avait sous les yeux : un superbe spécimen de félin. Une panthère dans toute sa splendeur. Deux mètres de long (avec la queue), un peu moins d’un mètre de haut à l’épaule, un pelage d’un noir de jais sous lequel frémissaient des muscles puissants, des yeux verts aux pupilles circulaires qui brillaient dans l’obscurité. Un animal puissant et nerveux, aux sens exacerbés, arboricole et endurant. Une bête rusée et aux aguets, aussi furieuse que Remus lorsque le Loup-Garou prenait le dessus… James comprenait très bien que Harry devait faire face aux même instincts que ceux du Loup-Garou que devenait Lunard les soirs de pleine lune… Sauf que là, il avait à faire à un animal autrement plus dangereux car beaucoup plus vif… Un Loup-Garou ne pouvait pas tuer un autre animal, seulement le blesser…, mais pas une panthère livrée à elle-même… !

 

            <Harry, je sais que tu m’entends ! Je sais que ce n’est pas facile mais essaie de… !>

 

            L’animal grogna, révélant des crocs d’une longueur impressionnantes qui scintillaient au clair de lune, au plus grand effroi de sa partie animale qui avait émergé dès qu’il avait reprit sa forme d’Animagus. Bien sûr, le cerf sentait qu’il avait affaire à un gros prédateur…

 

            <Faut vraiment que je fasse quelque chose… !> marmonna mentalement James, sans quitter des yeux la panthère. <C’est à peine si je peux le suivre dans l’obscurité ! Si au moins Patmol était là… Mais il n’est pas sous sa forme d’Animagus, je ne peux donc pas le joindre… !> songea-t-il, frustré devant son incapacité à contenir le félin qui lui faisait face.

 

            Il devait l’immobiliser pour parvenir à lui faire entendre raison…, mais il n’avait pas beaucoup de chance d’y arriver en cerf, et envisager de reprendre sa forme humaine pour le stupéfixer était tout bonnement suicidaire…

 

            A trop réfléchir, James avait baissé sa garde, vis à vis de la panthère qui en profita aussitôt pour passer à l’attaque. Le Maraudeur réalisa, bien trop tard, son erreur, en voyant le félin noir surgir de l’ombre et bondir sur lui.

 

* * * * *

 

            Si les “paroles” de James avaient un certain sens pour la partie humaine de Harry, elles n’en avaient aucune pour le félin qui dominait encore la situation…, tant que l’animal n’aurait pas eu ce qu’il voulait… autrement dit tuer ce qu’il considérait comme une proie…, il n’avait aucune chance de parvenir à la maîtriser…, comme le montraient ses vains efforts…, il n’arrivait même pas à établir le contact avec l’esprit de la panthère, comme si un épais mur les séparaient. Il assistait donc, en spectateur impuissant, à ce qui se passait, lorsqu’il réalisa que le cerf avait cessé de suivre les évolutions du félin qui, bien sûr, en profita pour passer à l’attaque. Le Maraudeur sembla se reprendre car il redressa brutalement la tête et la panthère se heurta aux bois qui ornaient la tête de l’animal.

 

* * * * *

 

            <Désolé Harry mais tu ne m’as pas laissé le choix !> résonna mentalement la voix de James, alors que la panthère tomba lourdement au sol, laissant échapper une plainte douloureuse.

 

            Mais le félin se remit rapidement sur ses pattes, plus furieux que jamais, malgré le sang qui s’écoulait d’une coupure derrière l’une de ses oreilles, infligée par la ramure du cerf.

 

            Un grognement furieux s’échappa de la gorge du félin.

 

            <Super… !> soupira James. <Je n’ai réussit qu’à l’énerver d’avantage !>

 

            Mais la panthère ne bougeait pas, et les deux bêtes se fixèrent un long moment. James, désormais sur ses gardes, tenta une fois de plus d’entrer en contact avec l’adolescent.

 

            <Harry ! Essaie de prendre, maintenant, le contrôle… ! VITE !>

 

            Au lieu de ça, la panthère grogna et, tout aussi brutalement, se détourna, en direction de la forêt.

 

            <Qu’est-ce qu’il fait ?> s’étonna James. <Il abandonne… ?>

 

            Il n’y croyait guère, mais il ne pouvait pas laisser une panthère livrée à elle-même, seule, dans le Parc…, si elle venait à tomber sur un éventuel élève qui traînerait dans le coin… Un peu inquiété par cette perspective et préférant ne pas imaginer ce qui pourrai se passer dans ce cas, James s’élança aussitôt à la poursuite du félin qui disparu brusquement de sa vue, alors qu’il pénétrait dans l’ombre de la forêt.

 

            Une fois sous le couvert des arbres, James usa de tous ses sens pour essayer de le repérer… ! Mais, bien sûr, sa robe noire donnait au fauve un avantage certain… ! Et, il avait beau chercher, il ne trouvait aucune trace de lui…, pas même la plus petite odeur… ! Mais il suffisait qu’il se trouve à un endroit où les sens en alerte du cerf ne pouvaient pas détecter son odeur. Interloqué, James avança d’un pas prudent, puis un autre, et encore un autre, aux aguets.

 

            Un mouvement soudain…, derrière lui… ! Il se retourna vivement, pour voir le félin bondir des arbres, droit sur lui… Trop secoué pour bouger, sidérer par la ruse développée par la panthère, et ne sachant pas quoi faire (à part s’enfoncer un peu plus dans la forêt, ce qui ne ferait qu’avantager encore plus le félin noir, James fixa l’animal…

 

            Brutalement, l’animal tressaillit sous ses yeux effarés, et se contorsionna dans les airs pour se réceptionner, en souplesse, à bonne distance du cerf.

 

* * * * *

 

            La panthère avait vu avec satisfaction le cerf pénétrer sous les arbres, inconscient du danger qui, passant de branche en branche, le suivait silencieusement. Harry multipliait les tentatives pour contacter la panthère… Si ça continuait comme ça, ça ne pouvait que mal se finir… Le cerf s’arrêta, visiblement décontenancé…La panthère en profita, et bondit… ! Aussitôt la petite tête du cervidé en contre bas pivota vers lui, semblant s’être aperçu de l’imminence du danger… ! Mais trop tard, beaucoup trop tard… !

 

            <NON, NON, NON !>

 

            <<Ca suffit !>>

 

            Les deux esprits qui “cohabitaient” dans le corps du félin, tressaillirent et, pour la première fois, une faille sembla s’ouvrir dans le “mur” qui séparait jusque là, l’animal de l’humain. Ce dernier, sauta sur l’occasion et parvint, au dernier moment à faire dévier la panthère. Harry ne pouvait que remercier l’intervention providentielle de la “deuxième voix de son rêve” qui venait ainsi de sauver la mise à James.

 

            <<Phanty, arrête ton cirque… !>>

 

            Une nouvelle hésitation de la panthère… une nouvelle faille dans le “mur”…

 

            <<Harry, c’est le moment ou jamais pour prendre le contrôle ! Je n’ai qu’une emprise très limitée sur cette panthère ! Et… James ne te posera pas de problème, il ne pourra pas intervenir tant que je serais là ! >>

 

            Harry obtempéra, quelque peu surpris que cette voix, qui lui disait vaguement quelque chose, s’adresse à lui de la sorte. Se concentrant de toutes ses forces, il sentit, à son immense soulagement la volonté de la panthère faiblir, son instinct perdre en intensité… ! Il lui fallut cependant deux bonnes minutes pour asseoir sa domination sur l’esprit rebelle de la panthère et vaincre ses dernières résistances.

 

            <C’est bon !> assura Harry.

 

            <<Très bien ! Désormais, tu ne devrais plus avoir de problème avec Phantôme… ! Et il te sera un allié précieux !>>

 

            <Comment pouvez-vous en être sûr… ?>

 

            La voix éclata de rire.

 

            <<Je sais de nombreuses choses que tu ignores encore, Harry ! Mais, je peux te dire au moins une bonne chose, pour l’instant, tu te contentes de faire ce qui devait se passer à cette époque… !>>

 

            <Mais comment saurai-je si ce que je fais est mal ou pas… ?>

 

            <<Ecoute ce que te dit ton cœur… ! Ne doute pas et crois seulement en toi et tu verras, tout ira de soit !>>

 

            Harry ne put s’empêcher de poser une question qui le préoccupait.

 

            <Au fait, à qui ai-je l’honneur ?>

 

            <<A ton avis ?>>

 

            <Si je vous le demande c’est que je n’en ai aucune idée.>

 

            <<Réfléchis un peu et tu le sauras en temps voulu… ! Saches seulement que tu pourras compter sur moi en d’autres circonstances… !>>

 

            <Mais… ? Et pourquoi avez-vous appelé cette panthère Phantôme ?>

 

            <<Tout d’abord, cesse de me vouvoyer, veux-tu ? Pas de formalités entre nous, d’accord ? Et, sinon, pour répondre à ta question…, tu en obtiendras très bientôt la réponse… !>>

 

            <Mais êtes-vous… es-tu sûr que je pourrai contrôler cette… ?>

 

            <<Harry, aie un peu confiance en toi, nom d’une chouette ! Bien sûr que tu y arriveras !>> rétorqua la voix. <<Ce n’est pas pire que de tenir tête à Voldemort après tout… ! Bon, Harry, pour en revenir à l’instant présent, dès que le temps reprendra son rythme normal, dépêche-toi de rentrer en contact avec James et le rassurer sur le fait que tu contrôles désormais ta forme d’Animagus, et sortez tous les deux de la forêt, compris ?>>

 

            <Compris !>

 

            <<Bien… ! On se reverra Harry !>>

 

            Au même instant, il y eut comme un petit frémissement autour de lui et les bruits caractéristiques de la Forêt Interdite, ainsi que la respiration précipitée du cerf qui lui faisait face lui parvinrent à nouveau. Visiblement la “voix” avait assez de pouvoir pour figer, momentanément du moins, le temps.

 

            Harry, se rappelant les instructions de la “voix” se décida à contacter James qui le fixait, hésitant visiblement sur la conduite à tenir.

 

            <C’est bon, la situation est enfin sous contrôle !> intervint calmement Harry.

 

            <HARRY ! Es-tu sûr ?>

 

            <Oui, cette fois, c’est bon, je maîtrise la bête !>

 

            <J’espère bien ! Tu m’as fait une de ces peurs tout à l’heure… !>

 

            <Qu’est-ce que tu faisais là, aussi ?>

 

            <Je te cherchais ! Et toi, qu’est-ce qui t’a pris de faire ça seul ? Tu n’avais pas lu le livre ou quoi ? C’était clairement dit que… !>

 

            <Je sais… qu’il ne fallait surtout pas faire cette étape seul !> le coupa Harry. <Mais je voulais vous faire la surprise !>

 

            <Et bien, sur ce point, c’est réussi !> grommela James. <Bon, c’est pas tout ça mais…, tu es sûr que tu maîtrises bien cette bestiole ?>

 

            <Oui, sûr et certain !>

 

            <Ok, dans ce cas, on va en profiter pour s’assurer que tu seras toujours capable de la maîtriser… ! Mais avant tout, sortons de la forêt… !>

 

            Harry obtempéra aussitôt et tous deux regagnèrent le parc.

 

            <Bon, ça à l’air d’aller !> commenta, finalement, James, alors qu’ils s’arrêtaient près du lac. <On ferait bien de reprendre nos formes humaines pour l’instant… ! Tu n’as qu’à te concentrer sur ton aspect humain !>

 

            Mais James avait à peine finit sa phrase que Harry avait déjà reprit sa forme humaine, rapidement imité par le Maraudeur.

 

            «- Au fait, désolé pour tout à l’heure… ! J’avais beau faire, dès que la panthère t’a vu, elle est devenue incontrôlable… ! s’excusa alors Harry.

 

             - C’est ce que j’ai cru comprendre… ! Mais c’était à prévoir que tu te retrouverais face à une transformation, disons…épineuse… ! Tu n’es pas tombé sur un partie facile… ! observa James. Je veux dire, à la limite, Patmol, Queudver et moi, nous avons eu la chance d’avoir des formes animales assez placides… ! Enfin, je peux te dire que la première fois que je me suis retrouvé face à Lunard, mon cerf n’en menait pas large et j’ai eu toutes les peines du monde à le contenir… ! En fait, le sorcier Animagus doit composer avec le dualisme qui caractérise cette transformation…, il faut apprendre à imposer sa part humaine sur l’animal, tout en sachant qu’on ne peut jamais vraiment l’empêcher de refaire surface à tout moment… ! Il faut juste rester vigilant… ! D’autant plus avec un animal aussi belliqueux que ta panthère…qui est, de plus, un prédateur de taille… ! Mais, avec un peu de préparation, tu risques de nous être bien utile lors de nos prochaines escapades nocturne… !

 

             - Tu crois que je pourrais être prêt pour la prochaine pleine lune ?

 

             - C’est dans quatre jours… ! déclara James. Pour l’instant, c’est non, mais, tu as l’air de bien encaisser la transformation… ! Je veux dire, si, par exemple, on prend le cas de Peter, au début, il ne parvenait à conserver sa forme animale que l’espace d’une dizaine de minutes…, ce qui était, évidemment, dangereux pour lui… ! Il a fallut près de deux mois avant qu’il parvienne à tenir autant qu’il le voulait, sa transformation… !

 

             - Je suis sûr que je pourrai tenir une nuit… !

 

             - Je le pense aussi mais on n’est jamais trop prudent… ! rétorqua James. Ecoute, voilà ce que je te propose… on va en rester là pour ce soir… ! Dès demain, on te “présentera” à Rem, Sirius et Peter, on essayera, tous ensemble, de te trouver un nom d’Animagus digne des Maraudeurs et on s’occupera de te préparer… ! Si d’ici quatre jours, je vois que tu n’as aucun mal à tenir la distance, tu pourras nous accompagner…, mais, dans le cas contraire, il te faudra rester, une fois encore, au dortoir… ! »

 

            Harry acquiesça.

 

            « Ok, dans ce cas, on ferai mieux de rentrer avant que les autres ne viennent voir ce qu’on fait… ! Et puis, j’ai ma Lily qui m’attend… ! »

 

            Harry sourit devant l’air rêveur du Maraudeur.

 

            «- Dis donc, c’est une impression ou tu ne peux plus te passer d’elle cinq minutes ?

 

             - Ce n’est pas une impression ! répliqua James en souriant. C’est une évidence… ! Allez, viens ! »

 

            Sur ce, tous deux repartirent en direction du château, discutant de tout et de rien.

 

            «- Au fait, comment savais-tu que j’étais là ? demanda Harry, au bout d’un moment.

 

             - La Carte… ! répondit, simplement, James, en sortant un parchemin de sa poche et en l’exhibant fièrement. Je n’ai eu qu’à chercher le nom “Harry” et le tour était joué… ! »

 

            Harry sourit légèrement. Il avait eu quelques appréhensions vis-à-vis de la création de la Carte du Maraudeur…, d’autant plus quand, la veille, le quatuor avait achevé ledit objet… Mais il s’était vite révélé qu’ils n’en étaient pas encore à la phase terminale de sa réalisation car, Harry avait pu constater que les Maraudeurs s’étaient contentés de faire apparaître les prénoms des personnes… Ainsi, la Carte ne représentait pas, du moins pour l’instant, une menace pour “le visiteur temporel”… D’ailleurs, en ce qui concernait l’exemplaire qu’il avait en sa possession depuis sa troisième année, il s’était hâté de la mettre en lieu sûr, après avoir eu la confirmation que “Harry Potter” apparaissait bel et bien sur l’item magique…

 

            «- Et pourquoi me cherchais-tu ? reprit finalement Harry, alors que James (non sans un dernier regard à la création de son groupe) effaçait la carte d’un rapide “mission accomplie” (visiblement, les Maraudeurs n’en étaient pas encore arrivés au “Méfait accompli” de la carte que Harry possédait.) et glissait le parchemin, à nouveau vierge, dans la poche de sa robe de sorcier.

 

             - Ben…, je viens de recevoir une lettre de ma mère et elle proposait que vous veniez à la maison, Lily, Sirius, Remus, Peter et toi…, pour les vacances de Noël ! Même si je sais que Queudver ne pourra pas venir, comme d’habitude !

 

             - Où est-ce qu’il va cette fois ?

 

             - En Albanie… !

 

             - En Albanie ? répéta Harry, d’une voix un peu plus faible qu’en temps normal.

 

             - Ben oui, pourquoi ? s’étonna James.

 

             - Oh, c’était juste comme ça… ! Ca m’étonnait… ! Ce n’est pas la porte d’à côté… ! prétexta Harry.

 

             - Une fois, Peter est même déjà allé en Nouvelle-Zélande… ! répliqua James, en haussant les épaules. Enfin, quoi qu’il en soit, ça te dirait de venir chez moi pour les vacances ?

 

             - Euh oui, bien sûr, du moment que ça ne dérange pas !

 

             - Bien sûr que non, sinon ma mère n’aurait pas proposé de vous inviter… ! » ajouta James.

 

            Harry acquiesça silencieusement, perdu dans ses pensées… l’Albanie… un nom qui, encore aujourd’hui, le faisait frissonner… Le pays où s’était réfugié Voldemort après la chute de son règne lors de ce sinistre soir d’Halloween 1981… Le pays où le rat avait rejoint son Maître… Le pays où Bertha Jorkins était tombée entre les griffes de Voldemort et où elle avait perdu la vie… Le pays où le Seigneur des Ténèbres avait pu mettre au point le sombre projet qui s’était conclut par son retour au pouvoir… Et c’était dans ce pays que Pettigrow allait passer ses vacances…, peut-être l’endroit où il basculerait définitivement de “l’autre côté”…, si ce n’était pas déjà fait… Quoiqu’il en soit, cette découverte ne rassurait pas vraiment Harry.

 

            «- Au fait, tu as dit à ta mère que tu sortais avec Lily ? demanda Harry, pensant soudain à ça.

 

             - Hein ? Oh, non, pas encore ! répliqua James, avec une grimace. Elle serait trop contente de savoir qu’elle avait raison… ! »

 

            Harry sourit.

 

            «- Il faudra bien que tu lui en parles un jour… !

 

             - Je suppose que je l’annoncerai à mes parents durant les vacances… ! concéda James.

 

             - Ton père sera là ?

 

             - Je ne pense pas, mais on ne sait jamais… ! marmonna le Maraudeur, l’air sombre. Enfin, heureusement que ma mère a prit Lily en affection, je ne vois pas sinon comment j’aurai fait pour m’arranger pour l’inviter à la maison… ! »

 

            Harry éclata de rire.

 

            «- Quand je pense que, il n’y a encore pas si longtemps, tu râlais parce qu’elle devait venir chez toi… !

 

             - Eh, que veux-tu, les temps changent, Harry ! » répondit James en souriant.

 

* * * * *

 

            « Bon, et si tu nous expliquais, à présent, la raison pour laquelle nous sommes là ? » s’impatienta Sirius, les bras croisés.

 

            Comme James l’avait proposé, dès le lendemain, en fin d’après-midi, il avait demandé aux trois autres Maraudeurs de le retrouver à la lisière de la Forêt Interdite, là où, la veille, il s’était retrouvé face à face avec la panthère en furie.

 

            «- Je veux dire, c’est bien joli tout ça, mais…, qu’est-ce qu’on attend… ?

 

             - Vous allez voir… ! » répondit James, sur un ton énigmatique.

 

            Sirius grommela mais s’abstint de commentaires audibles, alors que Peter s’agitait nerveusement. Remus, quand à lui, se contenta de jeter un regard dubitatif à James qui se contenta de lui adresser un petit sourire entendu. James se surprit à se demander si son ami, grâce à ses sens encore plus développé qu’à l’accoutumé (avec l’imminence de la pleine lune), parviendrait à entendre arriver la panthère noire…

 

            Un long moment de silence s’ensuivit. Sirius allait, une fois de plus, ouvrir la bouche, lorsqu’une forme sombre jaillit brutalement des arbres, les faisant tous, y compris James et même Remus, sursauter.

 

            « Que… ? Qu’est-ce que… ? » commença Peter d’une petit voix inquiète.

 

            Un grognement sourd l’interrompit, alors que les Maraudeurs fixait l’endroit, assombri par le crépuscule, d’où provenait le bruit. Même en sachant ce qu’il cherchait, James eut bien du mal à distinguer le félin noir qui était tapi dans l’ombre qui s’étendait à la lisière de la forêt.

 

            « Cornedrue… ! commença Sirius. Mon vieux, qu’est-ce que tu… ? »

 

            Sirius s’interrompit lorsque l’animal, s’étant décidé, avança lentement vers eux.

 

            «- Une panthère… ? s’exclamèrent d’une même voix Remus et Sirius, alors que Peter restait sans voix.

 

             - C’est ça la forme d’Animagus de Harry ? ajouta Remus.

 

             - En effet… ! acquiesça James, nullement surprit. Harry, c’est bon, tu peux reprendre ta forme normale ! »

 

            Il y eut un claquement sec et Harry apparu, un petit sourire aux lèvres, sous le regard stupéfait de Sirius et Peter.

 

            «- Whoua, Harry, impressionnant ! s’exclama finalement Sirius. C’était une entrée plus que théâtrale et magnifiquement organisée… !

 

             - En effet ! approuva Remus, amusé. Profiter de l’ombre comme ça pour mettre à profit la capacité de camouflage de l’animal était vraiment astucieux et je dois admettre que tu m’as bien pris au dépourvu… !

 

             - Ce qui n’est pas peu dire… ! précisa James, en souriant. Ce n’est pas facile de faire sursauter notre bon vieux Lunard… !

 

             - Ouais…, même les apparitions soudaines des fantômes ne lui ont jamais rien fait… ! renchérit Peter.

 

             - Eh, ça serait un chouette nom ça, Fantôme… ! s’exclama Sirius. Pour Harry, je veux dire… ! Ca ferait référence à sa capacité à sortir brusquement de nulle part, comme font les fantômes de l’école quand ils jaillissent brutalement des murs… !

 

             - Ouais ! Ca serait de circonstance ! Mais, dans ce cas, ça serait mieux de l’appeler Phantôme ! répliqua Remus, pensif. Je veux dire, en remplaçant le “f” par “ph”, ça donne non seulement au nom une petite touche originale, mais en plus ça réfère au “p” de panthère… ! »

 

* * * * *

 

            Harry tressaillit… “Phantôme”, c’était le nom que la voix avait donné à la panthère, justement…, et il n’avait parlé à personne de ce détail… ! Ce n’était peut-être qu’une coïncidence, mais ça restait, néanmoins, un détail troublant. Il revint vite à la réalité en constatant que les Maraudeurs l’observaient d’un air inquiet.

 

            «- Harry, ça va ? demanda James.

 

             - Euh, oui, oui, ça va… ! répondit Harry. Je… réfléchissais, c’est tout… !

 

             - Hum… ! Alors, tu en penses quoi, du surnom “Phantôme” ? s’enquit Sirius. En tout cas, je trouve que ça sonne bien…, mais bon, évidemment, c’est à toi de décider… !

 

             - Oh, non, Phantôme, ça me conviendra très bien… ! assura Harry en souriant. Et en plus, ça fait plutôt paradoxal, si on considère que la panthère est noire alors qu’une fantôme est plutôt argenté, voir blanc… !

 

             - D’où l’intérêt de mettre “Ph” pour insister sur cette différence… ! suggéra Remus.

 

             - Alors, tout le monde est d’accord ? » reprit Sirius.

 

            Les quatre autres approuvèrent d’un signe de tête.

 

            « Alors, adjugé pour Phantôme… ! conclut, triomphalement, Sirius. Bienvenu dans notre petite bande d’Animagi non-déclarés, Phanty… ! » ajouta-t-il, en tendant la main à Harry d’un air solennel.

 

            Celui-ci, après un bref instant d’hésitation, sourit, et serra la main que le Maraudeur lui tendait et qui fut rapidement imité par les trois autres, officialisant ainsi son intégration au sein des Maraudeurs.

 

            «- Au fait, juste comme ça, depuis quand Harry est capable de se transformer… ? demanda finalement Remus.

 

             - Depuis hier ! répondit le concerné. D’ailleurs, j’ai fait une sacrée peur à James… !

 

             - Je me suis retrouvé en tête-à-tête avec une panthère surexcitée… ! résuma ledit Maraudeur, en esquissant, malgré tout, un petit sourire. Et j’avoue que je n’en menais pas large sur le coup… ! Il est encore pire que Lunard quand il s’y met… !

 

             - A ce point-là ? s’étonna Sirius.

 

             - Ouais… ! Et c’était même assez angoissant… ! Mais Harry a finalement réussi à maîtriser sa bestiole et tout est rentré dans l’ordre… !

 

             - Eh bien, je sens que nos prochaines sorties promettent d’être palpitantes… ! conclut Sirius, l’air enthousiaste. Et, où en est-il dans sa maîtrise de sa forme d’Animagus… ?

 

             - Il s’en tirait bien hier ! expliqua James. Il a brûlé l’étape de l’entraînement progressif et il se débrouille déjà plutôt bien avec la communication mentale… ! Sinon, quand à sa capacité à tenir sa transformation, je comptais le mettre à l’épreuve aujourd’hui et demain… ! S’il encaisse bien la métamorphose, on pourra envisager de le laisser nous accompagner dans trois jours… !

 

             - Ok ! Ben, dans ce cas, je viens avec vous ! décida Sirius.

 

             - Je resterai avec Remus, alors ! proposa Peter.

 

             - Si ça te dit… ! accepta James. Autant que l’un d’entre nous reste avec Lunard ! Et puis, on ne sera pas trop de deux gros animaux pour accompagner Harry au cas où… !

 

             - Ok ! approuva Remus. On se retrouvera à la Salle Commune alors…, et on se chargera d’occuper ta chère et tendre durant ton absence, James !

 

             - De toute façon, on ne tardera pas… ! assura James. Mais, tu devrais lui proposer un petit défi aux échecs, Lunard ! Je suis sûr qu’elle ferait un adversaire de choix… ! »

 

            Remus sourit.

 

            «- Je ne demande que ça parce que, sans vouloir vous vexer, aucun de vous n’est particulièrement doué aux échecs sorciers… ! lança, taquin, le lycanthrope. Et je vais finir par perdre la main moi… !

 

             - Très drôle ! répliqua Sirius. Je suis certain qu’un jour, je finirai par te battre… !

 

             - Dans tes rêves, Patmol ! se moqua James. Bon, on fait comme ça, alors ? Queudver, ça ne te dérange pas de rester ici pour aujourd’hui ?

 

             - Non… ! répondit Peter, même si Harry le soupçonnait de ne pas être tout à fait sincère sur ce point.

 

             - Ok, Jamsie, je suppose qu’on va jusqu’à Pré-au-Lard ? voulu savoir Sirius.

 

             - Oui, pour aujourd’hui, on jusqu’à Pré-au-Lard… ! confirma James. Comme ça, on en profitera de quoi arroser l’intégration de notre nouvelle recrue… ! »

 

            Sur ce, le petit groupe se sépara, Remus et Peter repartant vers le château alors que Harry, Sirius et James, prenant leur forme d’Animagus respective, s’engouffraient dans la forêt.

 

* * * * *

 

            Deux heures s’étaient écoulées lorsque les trois adolescents revinrent de Pré-au-Lard, les bras chargés de bouteilles de Bièraubeurre et de confiseries. Si, à l’aller, ils avaient prit le chemin le plus long, au retour, ils avaient privilégié le passage secret de la cave de Honeydukes…

 

            « En tout cas, Harry, tu es bien parti pour nous accompagner à la prochaine pleine lune ! commenta James, alors qu’ils traversaient les couloirs, déserts à cette heure où tout le monde était sensé être dans leur Salle Commune, du château. Par contre, tu vas avoir intérêt à bien te reposer dans les soirs à venir… ! »

 

* * * * *

 

            Et c’est ainsi que, le mardi soir, quatre silhouettes traversèrent le parc baigné par la lueur offerte par la pleine lune, en direction du Saule Cogneur. S’arrêtant à bonne distance de l’arbre, tous quatre prirent leur forme animale.

 

            <Vas-y, Queudver, c’est l’heure !> lança Sirius, alors que le rat se faufilait entre les racines de l’arbre.

 

            Une fois l’arbre neutralisé, le cerf, le chien et la panthère se faufilèrent dans le passage secret dont l’accès était protégé par le redoutable Saule Cogneur, en direction de la Cabane Hurlante où leur ami n’allait pas tarder à se transformer.

 

            <N’oublie pas, Harry, s’il y a un problème, tu nous préviens, d’accord ?>

 

            <Pas de problème !> assura l’intéressé qui suivait lestement le cerf qui ouvrait la marche.

 

* * * * *

 

            Un peu moins d’une heure plus tard, le Saule s’immobilisa à nouveau, sur l’initiative du rat qui, une fois encore, avait appuyé sur un nœud de l’arbre pour permettre à ses amis de sortir. Mais le Saule Cogneur se remit en action, dès que le petit animal eut relâché sa pression pour venir se percher, comme à son habitude, sur la tête du cerf. Brusquement, sans aucun signe avant-coureur, le loup-garou, sans demander son reste, bondit en avant, aussitôt imité par le gros chien noir, et le cerf qui tentèrent vaillamment de tenir tête au loup, alors que la panthère s’élança, finalement, à la poursuite des trois autres.

 

            <Cette fois, je vais te battre, Lunard !> s’écria Sirius.

 

            Une course s’était ainsi engagée entre les quatre animaux, dans le parc même de Poudlard, près de la lisière de la forêt. Les déplacements du puissant félin noir, dont la longue et altière silhouette s’étendait majestueusement à chacune de ses souples foulées, se détachant à peine de l’ombre des arbres, semblaient presque irréels. L’animal rattrapa vivement les trois autres et se glissa entre Patmol et Cornedrue. Les deux animaux se tournèrent, surpris, vers le nouveau venu puis, plus par esprit de compétition qu’autre chose, augmentèrent leur allure…

 

            <Tu ne nous rattraperas pas, Phanty… !> s’exclama triomphalement Sirius.

 

            <Tu veux parier, Patmol ?> plaisanta Harry.

 

Mais ils ne faisaient guère le poids et Harry se joua, effectivement, de ses adversaires allègrement, et se lança à la poursuite de Lunard, le rejoignit, grâce à ses puissantes et gracieuses foulées, et le remonta… ! Le Loup-Garou glapit de contrariété mais ne tenta pas de rivaliser à nouveau contre le félin noir qui atteignit le premier le lac, où les autres animaux le rejoignirent, hors d’haleine, tandis que les yeux verts du gros chat, l’air presque dispos, brillaient de satisfaction….

 

            <Alors, qui est le meilleur ?> demanda, fièrement, Harry.

 

            <Ca va, tu as gagné pour cette fois !> marmonna Sirius dont la forme canine se laissa choire, haletante et la langue pendante, dans l’herbe, à côté du Loup qui s’était étalé, bien sagement, sur la berge du lac (tant qu’il ne sentirait aucune odeur d’être humain, il serait tout aussi calme). <Mais j’aurai ma revanche !> renchérit-t-il.

 

            <Nous aurons notre revanche !> rectifia James.

 

Cornedrue resta un moment immobile puis s’avança vers la rive du lac pour rejoindre et suivre l’exemple de Phantôme qui lapait la surface limpide et sombre. Sirius se leva, aboya et rejoignit les trois autres, semblant trouvé l’idée excellente, rapidement imité par Remus.

 

Un quelconque observateur aurait trouvé ça plus qu’étrange de voir un chien, un loup-garou, un cerf, une panthère et un rat, paisiblement rassemblés près du lac, alors qu’une telle scène semblait tout ce qu’il y avait de plus normal pour l’un comme pour l’autre des quatre Animagi et le loup-garou qu’ils accompagnaient. Une fois désaltérés, les quatre “coureurs” s’éloignèrent de l’eau, et les deux canidés revinrent se vautrer dans l’herbe, tandis que le félin, assis un peu plus loin, avait commencé à nettoyer son pelage sombre et luisant et que le rat restait toujours sur son “perchoir” qui, d’ailleurs, ne bougeait pas, immobile sous la lueur tamisée de la pleine lune.

 

Bien que les quatre Animagi aient la capacité de communiquer, mentalement, entre eux et le Loup-Garou, ils préféraient, la plupart du temps, se passer de cette télépathie.

 

Au bout d’un moment, Patmol semblant vouloir briser le calme qui c’était installé, jappa et se releva d’un bond, la queue battante et vint “provoquer” Remus (vous savez, comme font les chiens quand ils veulent jouer). Celui-ci, piqué au vif, répondit à la provocation et tous deux se lancèrent dans un “pêle-mêle” de crocs, de griffes et de pelage gris et noir… Jusqu’à ce que tout d’un coup, une simple rafale de vent, suffisse à détourner l’attention générale.

 

Queudver couina vivement, tandis que la tête de Cornedrue s’était tourné vers la Forêt Interdite, les sens aux aguets. Phantôme, d’aplomb sur ses membres, se glissa silencieusement à ses côtés, les canines découvertes, tout aussi attentif aux bruits et aux odeurs en provenance de la forêt interdite, alors que Lunard et Patmol cessaient aussitôt leur “dispute”, pour se camper auprès des autres. Harry voulut faire un pas, mais le cerf s’interposa, lui faisant comprendre que ce n’était pas à lui d’aller voir. Le félin grogna, l’air contrarié, mais céda avec mauvaise grâce. Mais l’odeur disparue rapidement, contrairement à l’inquiétude des cinq animaux. Au bout d’un moment, l’air rassuré, Patmol donna un coup de patte joueur à Lunard qui répondit d’un léger grognement mais se désintéressa totalement de la forêt. Harry, s’étant avoué vaincu, était allongé dans l’herbe, la queue noire de la panthère bougeant par saccade, nerveusement, ses yeux verts passant des deux canidés, qui jouaient ensemble, au cerf et au rat, les quatre Maraudeurs. Cornedrue continuait à fixer la lisière de la forêt, malgré le fait que rien ne venait confirmer le danger qu’ils avaient ressenti auparavant. Il finit par se détourner. Il rejoignit finalement la panthère et tous deux, amusés, observèrent la petite “gué-guerre” à laquelle Patmol et Lunard se livraient.

 

            <Eh, si on en profitait pour aller faire un tour dans la forêt ?> suggéra finalement James, mettant fin au jeu de ses deux amis, alors que Harry se remettait lestement debout.

 

            Et joignant le geste à la parole, les autres ayant acceptés la proposition, le petit groupe gagna la Forêt Interdite et se glissa sous le couvert des arbres.

 

 

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